Édition d'août 2018 | Parution 10

PORTRAIT DU MOIS | L’ORDRE VOUS PRÉSENTE MICHELINE JETTÉ

NOM : Micheline Jetté, t.i.m.

TITRE : Technologue en imagerie médicale – médecine nucléaire

LIEU DE PRATIQUE : CISSS Montérégie-Centre

ANNÉE DE DIPLÔMATION : Assez longtemps pour comprendre les conflits intergénérationnels et les éviter en ne mentionnant pas mes années de pratique.

ENGAGEMENT AU SEIN DE L’ORDRE :

Je me suis impliquée à l’Ordre à partir de l’adolescence de mes enfants tout en continuant à concilier famille, travail et études. J’ai soumis mon nom au comité́ de formation lors d’une annonce dans l’ÉchoX et j’ai été́ choisie pour siéger au CA. J’étudiais alors pour l’obtention d’un baccalauréat, et je croyais à la formation universitaire des technologues. J’ai donc fait partie des comités de formation universitaire, de la revue scientifique et, plus tard, du comité au développement professionnel, dont je suis responsable depuis quelques années.

Association canadienne des technologues en radiation médicale (ACTRM)

Lorsque l’on a appris que je parlais anglais, on m’a demandé de participer au PPAC de l’ACTRM. Le PPAC est un comité professionnel conseiller. Son rôle est d’aviser le CA de l’ACTRM sur la pratique professionnelle. Par la suite, je suis devenue la représentante du Québec au CA de l’ACTRM. J’ai terminé mon 2e  – et dernier – mandat en juillet dernier.

Conseil exécutif du conseil multidisciplinaire (CECM)

Je me suis aussi impliquée auprès du CECM de mon centre hospitalier. J’y ai occupé́ les rôles de présidente, vice-présidente et officière. Cette implication au niveau local m’a apporté beaucoup d’information sur l’organisation des centres hospitaliers et aussi sur la connaissance des autres professionnels dans le réseau. Mieux connaître son milieu, c’est aussi se faire reconnaître, pour mieux agir, défendre nos intérêts et prendre sa place comme professionnel dans cette grande communauté.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir technologue?

Curieuse, soucieuse des autres et rigoureuse, je voulais travailler en sciences de la santé depuis que j’étais toute jeune. Toutefois, à cette époque, il y avait peu de possibilités. Il faut se rappeler que j’étais une femme et, qu’en plus, je vivais en campagne éloignée. Il y avait beaucoup de défis, mais malgré tout, ma passion pour le métier et mon envie d’aider les autres m’ont permis d’atteindre mon but. Cette profession me rend heureuse. Comme toute profession dans laquelle on s’investit, elle est exigeante et demande beaucoup d’énergie. Néanmoins, mon vrai bonheur je le retrouve au contact des patients jour après jour.

Comme j’aimais apprendre, je suis retournée aux études à temps partiel, pour compléter un baccalauréat orienté en sciences informatiques et en sciences de la santé. J’ai poursuivi mes études au 2e cycle avec l’obtention de trois diplômes : normes informatiques, santé au travail et gestion de projets. J’ai aussi suivi les cours d’appoint offerts par l’Ordre et le cégep en PACS, tomodensitométrie et TEP.

Présentement, je suis inscrite à la maîtrise à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke à Longueuil. Peu de recherches ont été faites dans le domaine de la technologie d’imagerie médicale et du prendre soin. Je m’y intéresse.

Pourquoi vous êtes-vous impliquée au sein de l’Ordre?

Je viens d’une famille où l’on s’implique et où le travail, qu’il soit rémunéré́ ou non, est valorisé. J’ai une conviction : en s’impliquant on apprend et on comprend.

Ce qui m’apporte beaucoup de satisfaction, c’est la communication avec les autres technologues, les discussions, les questionnements, non pas seulement d’un point de vue technique, mais très souvent d’un point de vue stratégique. Réfléchir à l’avancement de la profession, discuter des besoins en formation des technologues, chercher de nouvelles formations, avoir une vision de l’avenir de notre profession.

Je dois vous avouer que ma plus grande réalisation a été l’animation du colloque pendant quelques années : un vrai coup de cœur. Il y avait parfois une ambiance dans la salle : on aurait pu entendre une mouche voler tellement les gens étaient intéressés; parfois, certaines conférences déclenchaient toutes sortes de polémiques. J’ai été privilégiée de pouvoir assister à ces moments.

Selon vous, quelles sont les qualités recherchées chez les technologues de demain?

Les technologues de demain auront besoin de s’imposer dans plusieurs domaines.

Les interactions avec le patient

Les technologues de demain devront être efficaces, efficients et surtout humains. Lorsque j’entre dans une salle d’examen en tant que patiente, j’ai besoin de me sentir en confiance, j’ai besoin d’être respectée, comme je respecte le professionnel devant moi. J’ai besoin de sentir de l’empathie, du professionnalisme et de la rigueur. Cependant, être technologue, s’est aussi savoir s’ajuster à tous les types de personnalité́, de matériel et de défis cliniques, et ce, en quelques minutes. En effet, nos rencontres avec les patients sont, pour la plupart d’entre nous, très brèves.

Ce que je ressens de plus en plus auprès de la clientèle que je rencontre est le besoin d’être rassurée, écoutée et informée. En plus de maîtriser parfaitement les connaissances propres à leur métier, les technologues doivent savoir les partager en s’adaptant au rythme et à la compréhension des patients, que ce soit sur les appareils, les produits utilisés, les techniques, la claustrophobie, la radioprotection, etc. L’art des technologues, c’est un peu transformer ces simples échanges en moments de soins significatifs pour nos patients.   

Il est aussi vrai qu’en réalisant les examens, parfois nous savons… et devons… garder ce visage impassible et rassurant malgré́ l’évidence, reconnaitre notre impuissance devant la maladie et connaitre notre rôle.

Les normes de pratique et la radioprotection

Les technologues de demain devront être curieux et rigoureux.
La minutie, le perfectionnisme, la curiosité́ de connaître ces nouvelles normes que nous devons intégrer rapidement et efficacement à nos pratiques sont essentielles afin de bien exercer cette profession passionnante. Il faut savoir rester à l’affût des nouveautés ou, mieux encore, il faut savoir proposer des innovations.

Dans le contexte actuel et à venir, les patients seront intéressés et informés de leurs parcours. Ils tiendront à connaître les doses de radiation qui leur sont administrées et les risques encourus. C’est dans notre intérêt, et c’est notre rôle, de bien les informer, car nous sommes des experts dans le domaine de la radioprotection.

L’informatique et l’essor des technologies

Les technologues de demain devront s’adapter facilement. Les technologues sont des spécialistes en informatique. En effet, ils travaillent souvent avec 2 ou 3 logiciels à la fois, en tentant de suivre le rythme avec, souvent, peu de formation et d’information. Ils doivent continuer à suivre le rythme et aller de l’avant en joignant, par exemple, le développement de l’intelligence artificielle dans leurs pratiques.

L’intelligence artificielle apportera des changements dans notre profession. Montréal en est d’ailleurs l’un des berceaux. Il faudra, en tant que technologue, s’impliquer et ne pas regarder la parade passer. Personnellement, je crois qu’il y aura des avancées pour nous, si nous y portons attention.

Je crois que dans le futur, les technologues vivront de plus en plus la multiplication des technologies. Un grand pouvoir d’adaptation pourra les aider dans la réalisation de leur profession. Ils devront développer de l’intérêt à bien comprendre ce qu’ils font.

La politique

Les technologues de demain devront s’affirmer, démontrer de l’assurance,et  être solidaires. Pour faire avancer notre pratique et nos intérêts, nous devrons, comme technologues, les défendre et émettre nos positions auprès des tribunes à notre disposition. Chaque petite interaction, participation à des forums et communautés de pratique, chaque commentaire est important. Les médias sociaux permettent de plus en plus d’échanger entre technologues. Ce sont d’excellents moyens, lorsqu’ils sont utilisés de façon professionnelle, pour apprendre, partager et forger une communauté de pratique. Apprendre à émettre nos opinions dans nos champs de pratique et à aider nos pairs me semblent très importants.  

Parlez-nous d’une personne qui vous inspire.

J’aime écouter mes patients. C’est étonnant tout ce qu’on peut apprendre en très peu de temps quand on est à l’écoute. J’ai entendu de merveilleuses histoires et obtenu de merveilleuses collaborations. Beaucoup de mes patients m’inspirent encore aujourd’hui.

Quel est votre rêve le plus fou pour la profession?

Ne plus jamais entendre : « Désolé, moi je ne suis que technologue! »
Mais plutôt entendre : « Bonjour, je suis technologue, la professionnelle de la prise en charge de l’examen. »

Parfois, je me demande, si nous les technologues, réalisons qu’un centre de santé ne fonctionne pas sans nous :

  • Qui ne va pas en imagerie médicale dans sa vie?
  • Qui n’a pas besoin d’un ECG ou EEG dans ce même parcours?
  • Qui lorsqu’il a un cancer ne va pas en radio-oncologie?
  • Et qui n’a pas besoin d’un sourire et d’une oreille attentive pendant ces moments-là?

Nous sommes indispensables!

Décrivez-nous une anecdote ou une situation loufoque vécue dans le cadre de votre travail.

Ce n’est pas une situation loufoque, c’est plutôt une expérience touchante.

Un jour, une patiente m’a dit : « C’est vous l’ange de mon mari. »
Elle m’a par la suite expliqué que son conjoint était décédé́ depuis quelques mois et que lors de son dernier examen au département, je l’avais rassuré et aidé à trouver quel était son prochain rendez-vous dans l’hôpital. Après l’examen, il a dit à sa conjointe que la procédure s’était très bien déroulée et qu’il avait rencontré un ange.

J’aime cette anecdote simplement parce qu’elle nous fait réaliser l’importance d’un petit geste pour un patient et de notre potentiel auprès d’eux.