Édition de décembre 2017 | Parution 03  

L’importance du maintien des compétences pour éviter les oublis

Vous est-il déjà arrivé d’essayer de vous souvenir d’une formule, d’une dose, d’une maladie, d’un taux d’exposition, d’un plan anatomique et d’avoir soudainement un blanc? Étudiant, vous avez sans doute appris toutes ces notions. Mais voilà, vous les avez oubliées. Peut-être n’avez-vous pas eu à les pratiquer depuis longtemps et il vous faut maintenant retrouver l’information.

 

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul dans votre situation. D’ailleurs, nous vous avons consultés à ce sujet dernièrement. Voici certains des oublis les plus fréquents que nous avons pu relever :

  • MN : La formule de décroissance radioactive, qui permet de calculer les doses. Un appareil nommé activimètre calcule maintenant tout pour nous.
  • RD : Les facteurs techniques. Ils sont pourtant à la base de notre pratique, mais avec la programmation anatomique des appareils et l’avènement de la technologie, nous avons tendance à les oublier, ou même à surdoser et à ajuster l’image de façon numérique.
  • RO : Ces technologues ont appris de quelle façon se distribue la dose dans les tissus. Aujourd’hui, si on leur demande quel est l’impact dosimétrique dans le cas d’un oubli d’ajout de bolus dans le champ de traitement, il est probable qu’ils ne se souviennent plus de cette notion. Les systèmes de planification sont désormais utilisés pour faire ces calculs.
  • EPM : Au cégep, les technologues ont appris des notions pédiatriques. Toutefois, si elles n’ont pas été pratiquées depuis longtemps, ces notions peuvent se trouver très loin dans leur mémoire lorsque vient le temps de les mettre à nouveau en exécution.

 

 

Le cas de Henry Molaison

Mais est-il normal d’oublier? Pourquoi cela arrive-t-il? Pour y répondre, penchons-nous sur un cas clinique, celui de Henry Molaison, aussi connu sous le pseudonyme de HM. Cet homme avait de graves problèmes d’épilepsie dans les années 50. Pour le soigner, on lui enleva les tissus environnants aux lobes temporaux, ainsi qu’une partie des hippocampes. Ses problèmes d’épilepsie furent alors résolus. Son QI et ses anciennes connaissances restèrent inchangés, mais l’homme fut par la suite incapable de se souvenir de nouveaux événements, à moins que ceux-ci soient fortement émotionnels ou qu’il ait fait un dur travail de mémorisation[1].

 

Brenda Milner, neuropsychologue à l’Université McGill, a travaillé pendant de longues années avec HM. Elle a ainsi offert au monde une meilleure compréhension du fonctionnement de la mémoire. Âgée maintenant de 99 ans, elle travaille toujours, expliquant que sa mémoire n’est plus ce qu’elle était à 26 ans, et rappelant l’importance de l’entraîner[2].

 

 

Expliquer le phénomène de l’oubli

Nous n’avons pas tous subi des interventions chirurgicales nous privant d’une partie de notre mémoire. Cependant, il nous arrive à tous d’oublier. Il existe plusieurs théories expliquant ce phénomène :

  • Le déclin naturel, qui explique l’oubli par une absence du rappel, une rareté du besoin du souvenir, un manque d’exercice mental ou simplement le passage du temps.
  • L’interférence qui suppose que la mémorisation est parfois perturbée par des données antérieures ou futures, diminuant l’efficacité du rappel ou de l’encodage de nouveaux souvenirs.
  • L’inaccessibilité ou le rejet : la déficience du rappel qui nous amène à l’oubli motivé ou sélectif, décrit par Freud, des souvenirs que nous ne désirons pas nous rappeler.
  • Le défaut de reconsolidation, lorsque tout s’est passé trop vite et que le souvenir n’a pas pu être encodé.[3]

 

De son côté, Hermann Ebbinghaus, chercheur sur la mémoire, a tenté d’élaborer une théorie expliquant le phénomène. Il nous a beaucoup appris sur les déterminants de l’oubli, mais il demeure toujours difficile d’établir une liste des mécanismes pouvant être responsables de celui-ci.[4]

 

Une chose est donc certaine : nous devons vivre avec le fait que nous oublions. À tout le moins, nous nous rappelons que nous oublions, et ça, c’est le bon côté des choses.

 

L’importance du maintien des compétences

Le comité de développement professionnel (DP) s’est penché sur la problématique de l’oubli et a déterminé que la solution passe par le maintien des compétences. Celui-ci peut être appliqué de multiples façons. Par exemple, la présence d’étudiants dans les centres peut contribuer partiellement à la situation en permettant aux technologues de revoir avec eux certains apprentissages théoriques. Les grands centres offrent également des conférences qui abordent des principes théoriques déjà acquis. Malheureusement, ces conférences ne sont pas toujours captées, et ce n’est donc pas tous les technologues qui peuvent en bénéficier.

 

Que faire alors? Lorsqu’ils revoient leurs professeurs, certains technologues leurs confient qu’ils profiteraient beaucoup plus aujourd’hui du cours suivi il y a quelques années, car ils pourraient enfin joindre la théorie à la pratique. Des conférences et panels de discussion portant sur la dose, la radioprotection et la révision seront donc offerts aux technologues en radiodiagnostic, médecine nucléaire et radio-oncologie dans le cadre du 44e Congrès de l’Ordre qui se déroulera en mai 2018 à Gatineau. Les technologues en électrophysiologie médicale sont également invités à assister à ces discussions.

 

Connaissez-vous les MOOC (Massive Open Online Course)? Il s’agit essentiellement de formations en ligne ouvertes à tous. En voici un exemple qui devrait vous intéresser et vous aider à vous rappeler quelques notions : Au cœur de la radioactivité médicale.

 

Le comité DP travaille sur d’autres façons pour vous aider à ne pas oublier, ou plus simplement, à vous rappeler. En effet, les données apprises lors de vos formations ont depuis été bousculées par d’autres données, et non pas effacées. Il ne s’agit que de les réviser pour s’en souvenir.

 

Vous avez d’autres trucs ou conseils? Nous voulons les connaître! N’hésitez pas à les partager sur le forum, sous la thématique « Vos suggestions de formations » créée à cet effet sur le portail de l’Ordre.

 

 Micheline Jetté

t.i.m. (E), B.A.A., CISSS de la Montérégie-Centre

 

 Remerciements

  • Sonia Lagoutte, t.i.m., CISSS de la Montérégie-Centre
  • Équipe de l’inspection professionnelle de l’OTIMROEPMQ
  • Sabrina Fortier, t.e.p.m. CISSS de la Montérégie-Centre
  • Arnaud Demoustier, infirmier clinicien, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke
  • Vincent Jetté-Pomerleau, M.D., M. Ps., Résident en psychiatrie à l’Université McGill, R1
  • Julie Morin, t.i.m., C. Gestion, directrice de l’amélioration de l’exercice, OTIMROEPMQ

[1] GROS, ALEXANDRA (Mars 2017). « L’image de la semaine : Henry Molaison, l’homme qui ne pouvait plus se souvenir », Blogue Aux frontières du cerveau, Le journal du CNRS, [En ligne].

[2] ICI RADIO-CANADA PREMIERE (Mars 2017). « La neuropsychologue Brenda Milner et les secrets de la mémoire », Les années lumières, [En ligne].

[3] M. MANSUY, ISABELLE (2005). « L’oubli : théories et mécanismes potentiels », Médecine/Sciences, Numéro 1, Volume 21, [En ligne].

[4] BADDELEY, Alain (1999). « La mémoire humaine : théorie et pratique », Presses universitaires Grenoble.